par Andrew Osborn
L'Arménie, Etat caucasien de 3 millions d'habitants, organise dimanche des élections législatives sous l'oeil de Moscou, qui accentue la pression sur cet ancien satellite tenté par l'Occident dans le cadre d'une campagne à l'échelle mondiale destinée à sauvegarder une influence déclinante.
Ancienne république soviétique entretenant d'étroits liens historiques avec la Russie, l'Arménie est l'objet de menaces de la part du Kremlin, qui s'efforce d'empêcher le rapprochement d'Erevan avec la sphère occidentale sous l'impulsion du Premier ministre sortant Nikol Pachinian.
La Russie a notamment menacé la semaine dernière le pays de mesures contraignantes vis-à-vis de leurs accords relatifs à la fourniture de pétrole et de gaz à bas prix si Erevan poursuivait ses démarches en vue d'adhérer à l'Union européenne (UE).
L'Arménie a adopté en 2025 une loi visant à engager son processus d'adhésion à l'UE. Nikol Pachinian, allié du président américain Donald Trump et pro-Occident, est donné largement favori par les sondages pour le scrutin du 7 juin à la tête de son parti "Contrat civil" (KP), face à plusieurs partis pro-russes.
Au pouvoir depuis 2018, cet ancien journaliste de 51 ans a fait savoir mercredi qu'il se rendrait en Russie à la suite des élections pour un entretien avec le président russe Vladimir Poutine, rapporte l'agence russe Interfax.
Les intimidations de la Russie envers Erevan, assorties d'une série de restrictions et d'interdictions temporaires sur les exportations arméniennes, reflètent la perte d'influence globale de Moscou, embourbé dans la guerre en Ukraine.
"ÉTREINTE"
De La Havane à Caracas, en passant par Belgrade et les steppes d’Asie centrale, l’ascendant du Kremlin s'effrite chez ses anciens alliés, courtisés par l'UE et les États-Unis.
L’Arménie bénéficie depuis longtemps de la générosité de Moscou et abrite une base militaire russe. Mais le mois dernier, un accord de partenariat a été signé entre Erevan et Washington, irritant davantage la Russie.
"Bien sûr, nous sommes profondément préoccupés par la politique de rapprochement des autorités arméniennes avec la communauté euro-atlantique, dont la politique fondamentale est dirigée contre Moscou", a déclaré Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, à des journalistes.
"Les Anglo-Saxons se vantent ouvertement de 'détacher' l’Arménie, comme ils disent, de l’étreinte de la 'Russie autoritaire'", a-t-elle ajouté.
Pour les analystes russes, la Russie est confrontée à une tentative concertée des Occidentaux – comme dans d’autres régions du monde – de l’évincer de la région du Caucase du Sud, dont l’Arménie fait partie.
Une source proche du gouvernement russe concède que des pays comme l’Arménie "attendent tous de voir comment la guerre (en Ukraine) va se terminer", et que certains nouent déjà de nouveaux liens alors que la Russie est mobilisée sur d'autres fronts.
Mais la visite en Arménie du président ukrainien Volodimir Zelensky à l'occasion d'une réunion de dirigeants européens le mois dernier a mis le feu aux poudres.
Depuis lors, la Russie a temporairement interdit l’importation de nombreux produits arméniens, menacé de suspendre ses exportations de pétrole et de gaz, rappelé son ambassadeur en Arménie, et laissé entendre qu'Erevan pourrait être exclu de l’Union économique eurasiatique, un bloc commercial dirigé par la Russie.
ASIE CENTRALE ET CAUCASE DU SUD
Dans d'autres régions du globe, la Russie voit aussi son influence attaquée, trois pays traditionnellement proches de Moscou - l’Iran, le Venezuela et Cuba - ayant été pris pour cibles par les États-Unis.
Si les opérations américaines contre ces pays, singulièrement en Iran, ont fait grimper les prix du pétrole et ainsi offert un répit à l’économie russe mise à mal par quatre années de guerre en Ukraine, elles ont également mis en évidence l’incapacité de Moscou à aider de manière significative ses alliés.
Moscou se plaint en outre d'une "hostilité" croissante en Europe, le continent se réarmant tout en offrant la perspective d’une adhésion à l’UE à des pays où la Russie exerçait autrefois son hégémonie.
Viktor Orban, allié hongrois de Vladimir Poutine et opposé aux aides de l'UE pour l'Ukraine, a perdu le pouvoir en avril au profit d'un candidat europhile.
Le président serbe Aleksandar Vucic, également allié de la Russie, se retrouve lui aussi sous la pression du Kremlin depuis que son pays a décidé d'abolir l’entrée sans visa des Russes sur son territoire dans le cadre de sa procédure d'adhésion à l'UE.
L'influence de Moscou est aussi mise à mal en Transnistrie, une enclave séparatiste occupée par des troupes russes et internationalement reconnue comme faisant partie de la Moldavie - dont les dirigeants politiques actuels souhaitent rejoindre l’UE.
La Russie s'inquiète enfin de ce qu'elle qualifie d'influence occidentale envahissante en Asie centrale. Et dans le Caucase du Sud, proche de l'Arménie, l'Azerbaïdjan, pays producteur de pétrole, a renforcé ses liens avec l'Occident.
"Dans ces conditions, la question de l’adaptation de la stratégie russe (pour privilégier le 'soft power' et les leviers économiques) devient cruciale", résume la chaîne Telegram d’analyse russe "The Secret Chancery", qui compte plus de 400.000 abonnés.
Voir également :
ENQUÊTE-Transport d'électeurs binationaux et sites web frauduleux : comment la Russie veut interférer dans les élections en Arménie nL8N426103
ENCADRE-Les enjeux des élections législatives en Arménie, entre Occident et Russie L6N42A0HR
ENCADRE-Comment la Russie accentue la pression sur l'Arménie à l'approche des législatives L6N42A0QQ
(Version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)

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